Anne Buiatti
Bordeaux & Roussillon
Vigneronne, artisane et paysanne — un triptyque rare à Bordeaux. À la pioche, à la faucille et au sécateur, Anne Buiatti travaille ses vignes des Graves et de Calce et signe des vins qui respirent la liberté.
7 vins
De la coopérative à la ferme
Anne Buiatti est ingénieure agricole de formation. Elle a fait ses débuts dans l’univers des caves coopératives en Corse, à l’ombre de cuves de 50 000 hectolitres, puis a travaillé dans le conseil œnologique. Jusqu’au jour où l’envie de faire ses propres vins, avec ses tripes et ses convictions, a pris le dessus.
Pendant une quinzaine d’années, elle a vécu à Calce, dans le Roussillon, où elle a appris le métier. En 2016, elle s’installe avec son conjoint Grégoire à Saint-Morillon, à une demi-heure au sud de Bordeaux, dans les Graves. Calce offrait la chaleur et un certain confort, mais Bordeaux l’attirait pour son histoire et sa culture profondément imprégnées du vin. C’est là, au milieu de vins sérieux et conventionnels, qu’elle voulait être vigneronne. La vision artisanale du métier n’y existait alors qu’à l’extrême marge : un défi qui la stimulait.

Une seconde vie pour une vieille ferme
Anne et Grégoire ont jeté leur dévolu sur d’anciennes granges et étables du XVIe et du XVIIe siècle, sur un site autrefois dédié aux vaches. Grégoire a peaufiné un cadre à la hauteur du projet ; Anne a bâti de ses mains un vignoble champêtre. Autour des vignes s’est développée une polyculture, avec vergers, poules, moutons et ruches, qui s’engage toujours plus dans la permaculture. Son rêve : une terre fleurie, ensemencée de mille espèces.
Anne se dit sans hésiter vigneronne, artisane et paysanne. Déterminée, pleine de convictions, mais sans esprit de combat. Elle estime ne pas faire le même métier qu’un domaine de cent hectares, même en biodynamie, et pose ouvertement la question de la production, de la rentabilité et du sens de cette profession. Elle rêve d’un club joyeux de vignerons paysans et permaculteurs, et voit émerger en Gironde un petit groupe qui partage sa vision.
Deux terroirs aux antipodes
En plus de ses parcelles dans les Graves, Anne travaille à Calce trois hectares au Col de la Donna, dont un peu plus d’un hectare en production. Deux terroirs aux antipodes. À Calce, c’est la pénurie d’eau, les faibles rendements, l’absence de mécanisation et un vent incessant. Son lot de soucis et de contraintes, mais aussi de quoi enrichir son savoir-faire.
Hors des clous
Anne se détourne des AOP, trop enfermantes. Toutes ses cuvées sont en Vin de France : une page blanche qui lui permet de signer ses vins la tête haute. Elle regrette parfois de ne pas pouvoir, ainsi, aider à donner une autre lecture de Bordeaux et de ses appellations, mais ce choix lui ouvre des marchés de niche. En dehors du cahier des charges des Graves, elle plante en échalas et crée des ponts de feuillage pour protéger la vigne du réchauffement climatique.
Son parcellaire morcelé ne la pousse pas vers des vins de terroir, mais vers des assemblages incongrus et explosifs : de la Syrah du Sud avec du Merlot ou du Cabernet de Bordeaux, et parfois des rouges avec des blancs. Chaque cuvée doit refléter l’une de ses personnalités. Là où dominent le conformisme et la standardisation bordelaise, elle veut un feu d’artifice.
Tout à la main
Dans les vignes, ni chimie ni machines : pioche, faucille, cisailles et sécateur, en biodynamie. Anne prépare elle-même ses tisanes, son compost et ses silices. Au chai, pas d’électricité. Les raisins sont égrappés à la main et triés sur des paniers en osier, foulés aux pieds, puis fermentent spontanément sur levures indigènes. Ils s’affinent ensuite longuement en amphores de terre cuite de 750 litres ou en fûts de 300 litres. Ni collage, ni filtration, ni soufre. Même les bouteilles sont cirées à la main : un geste qui n’est possible que dans une petite maison artisanale.

Les cuvées
La gamme va des jolis canons soyeux aux vins profonds, en passant par des jus qui secouent les papilles. L’Allumée se décline en trois couleurs : blanche, orange (Sauvignon et Sémillon) et rouge (Malbec et Sémillon avec une pointe de Cabernet). La version orange montre un nez herbacé aux zestes d’orange, une bouche charnue sur l’anis, les agrumes et des amers élégants, et un gras suave : un orange de repas, salivant et complexe. La Bouffonne réunit du Merlot sur silex et du Cabernet Sauvignon sur argile, Donna porte le nom de sa vigne de Calce. S’y ajoutent Môme et Gazelle, et quelques cuvées existent aussi en magnum.
Des vins au cœur paysan et à l’esprit libre : Bordeaux comme vous ne l’avez jamais bu.

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